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.__________« Elles étaient deux mais ne formaient qu'un. Elles étaient deux depuis toujours. Rien ne les avait séparé, personne n'avait jamais osé. Elles s'étaient rencontrées à l'aube de leur existence, quand leurs yeux commencaient tout juste à s'émerveiller devant les cailloux blancs au milieu des gris, devant la taille des adultes dont elles arrivaient au genou, devant l'esquisse de leur prénom qu'elles avaient tracé d'un geste tremblant, mais déterminé, la langue au coin de leur bouche & les sourcils froncés. Tout de suite leur fraternité était devenu leur raison de vivre. Elles ne le comprenaient pas, & ne le cherchaient d'ailleurs pas. Elles étaient deux, elles étaient bien. Elles étaient des enfants.
__________Une dizaine d'année après, revenant d'une après midi de jeunes filles normales & ordinaires, d'un centre commerciale où l'achat similaire de paire de chaussures identiques avaient suffit à affirmer qu'elles étaient bien plus que des soeurs, elles allèrent détendre leurs sens, étouffés par la foule de la galerie, à la vue. Leur vue. Elles y étaient bien, toujours. Elles goutaient au plaisir du silence et du vent dans leurs cheveux. Elles étaient assises sur le muret, les pieds dans le vide pour mieux déguster la sensation de liberté, éprouvée lorsque la cime des plus hauts arbres est à portée de main. Elles dégustaient donc, la chaleur enivrante de leurs écharpes donc les extrémités s'envolaient dans l'air froid. Elles discutaient, se racontaient encore leurs secrets, déjà sus par coeur, parlaient de leurs amours au stade de l'éclosion.
__________Elles s'arrêtaient pour contempler les falaises qui s'étendaient, géants de pierre aux allures de titans grecs, effrayants d'immobilité mais rassurants de stabilité. Ces falaises, elles les connaissaient depuis la naissance, et avaient parfois l'impression de pouvoir sauter dans le vide sans craindre de mourir, puisque les murailles les connaissaient aussi. Les rochers étaient toujours aussi surprenants bien que très familiers. On pouvait les mirer durant des heures, sans se lasser. Le soleil y réfléchissait sa lumière si bien que l'eau calme tout en bas s'éprenait d'une activité brillante, sans pour autant céder à son immobilité.
__________Tout en bas, les arbres s'étendaient à perte de vue. L'horizon était plat, les feuilles étant encadrées par les façades claires des falaises. Il était simple de laisser l'esprit vagabonder au delà de cette ligne. On s'imaginait l'immensité du lieu. On aimait à se l'imaginer. Ce paysage montagneux avait pourtant des allures marginales, replacé dans son contexte. Mais ici, elles oubliaient ce contexte. Peu importe, c'était leur vue.
__________Assises sur leur muret, les yeux brillants, emprunts de la même émotion que depuis une éternité, elles contemplaient. Leurs jambes se balançaient depuis quelques minutes au dessus de la pente raide, lorsque l'une de leurs nouvelles chaussures glissa, sembla virevolter, se cogna contre les branches, puis dégringola sur le chemin sinueux qui s'étalait au sol, une centaine de mètres plus bas. Elles se regardèrent quelques secondes. Tout d'abord, elles affichèrent une mine désapointée, dérangée, puis se sourirent, riant d'une situation aussi cocace.
__________Après tout, il était normal que cette chaussure tomba, devant la force qui émanait d'un paysage aussi radieux, elle ne faisait pas le poids ! La chute d'un objet devant un amour si puissant, encadré par un lieu prestigieux était presque normal. Il était étrange que la chaussure ne soit pas tombée avant finalement. Alors, celle dont les deux pieds étaient encore couverts par la brillance du cuir bon marché de chaussures ordinaires, appuya son sourire &, d'un balancement sournoi de cheville, fit glisser sa ballerine, qui sembla virevollter, se cogna contre les branches, puis dégringola sur le chemin sinueux qui s'étalait au sol, une centaine de mètres plus bas. Puis toutes deux, ne lâchant pas leur regard devenu le lien le plus solide du monde, partirent d'un éclat de rire cristallin qui dura sûrement toute une vie. »
Explication : ce texte est une fiction, mais il est pour moi la représentation exacte de la relation que j'ai avec toi. Tu es d'ailleurs la seule qui pourra comprendre ce à quoi j'ai fai allusion, ainsi que l'état d'esprit dans lequel j'ai écrit. Plus que tout..
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